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En toute simplicité de la mer au magasin : traçage d'une boîte de thon avec la blockchain

Elena Luoto, Christian Sharp20/08/20266 min de lecture

En toute simplicité de la mer au magasin : traçage d'une boîte de thon avec la blockchain

Prenez une boîte de thon et lisez son étiquette. Respect des dauphins. Pêché à la ligne. Issu de sources responsables. Un ensemble de promesses auquel on a envie de croire, mais comment connaître réellement leur véracité ? Vous faites confiance à la marque. Celle-ci fait confiance à un distributeur, qui fait confiance à un pêcheur dans un bateau sur lequel vous n’irez jamais. Faire confiance à une aussi longue chaîne devient difficile.

La traçabilité de la chaîne d'approvisionnement de la blockchain est une tentative de remplacer une partie de cette foi par une preuve. Pour voir comment, nous devons d'abord décomposer un mot qui paraît bien pire qu'il ne l'est réellement : trustless ou « sans tiers de confiance ».

Ce que cela signifie réellement

Il s’agit d’un mot rude qui cache une vraiment bonne idée. Cela ne signifie pas qu’on ne peut faire confiance à personne. Cela signifie en réalité que vous n'avez pas besoin de faire confiance à une seule personne ou entreprise pour que le système fonctionne. Ce dernier est en effet conçu de telle sorte que tricher devient à la fois très difficile et très évident.

Pensez à des vacances de groupe avec une cagnotte commune. Si une personne détient l'argent liquide, tout le monde fait confiance à cette personne. Imaginez maintenant le contraire : chaque membre tient un carnet identique de chaque paiement et aucune entrée ne compte tant que la plupart des carnets ne sont pas d'accord. Personne n'est en charge et pourtant les comptes sont toujours équilibrés. Mentir à votre propre carnet ne vous mène nulle part, car les copies des autres ne sont pas d'accord avec vous.

Voilà ce qu’est une blockchain : un enregistrement partagé, copié par de nombreux participants. C’est le groupe et non un patron s'accorde sur ce qui est vrai. Nous avons expliqué comment cet accord, ou consensus, fonctionne dans un article précédent.

De l'océan à votre panier

Comment ce fonctionnement aide-t-il avec la boîte de thon ?

À chaque fois que le poisson change de mains, une nouvelle entrée est ajoutée à son histoire, la plupart du temps automatiquement. Le poisson est marqué dès qu'il est débarqué et est enregistré dans une application : ce qu'il est, où et quand il a été capturé et par qui. Les scanners présents sur le bateau, le quai et dans l'usine de traitement lisent l'étiquette et ajoutent chaque étape au registre, sans que personne n’intervienne. Lorsque le poisson est mis en conserve, chaque nouveau produit obtient sa propre entrée, liée à la capture d'origine. Au moment où il atteint l'étagère du rayon, tout est inscrit derrière un QR code sur la boîte de conserve : scannez-le avec votre téléphone et vous pouvez suivre le poisson jusqu'au bateau. Une mise en garde à noter, cependant : cela prouve que l'enregistrement n'a pas été altéré depuis qu'il a été écrit, pas que la toute première entrée était vraie. Le tag et le contrôle de localisation automatique sont là pour rendre ce premier enregistrement plus difficile à contrefaire.

Ce n'est pas une hypothèse. Un projet pilote bien connu mené par la WWF a été lancé pour suivre le thon « de l’appât au plat » à travers le Pacifique, marquant chaque poisson et enregistrant son voyage étape par étape. Le résultat est une indication de provenance que vous pouvez remonter : le rayon du magasin, le distributeur, la personne qui a sorti le poisson de la mer. Du thon, des tomates, des médicaments ou des pièces automobiles : tout traçage se fait sur le même principe. Scannez un code et l'histoire de l'objet dans votre main est là.

La fraude est difficile

Voici pourquoi. Chaque enregistrement est lié à celui qui le précède, impossible de modifier simplement une seule entrée. Modifier un lien signifie modifier tous ceux qui viennent après. Cela revient à réécrire un livre d’histoire entier pour modifier une phrase. En plus de cela, l'enregistrement n’existe pas dans un seul endroit. Il est copié dans tout le réseau et les copies se vérifient constamment les unes les autres. Tous les nœuds, les ordinateurs qui maintiennent le fonctionnement du réseau, ne détiennent pas une copie complète de chaque transaction, mais beaucoup le font. Sur un grand réseau public, il peut y avoir des dizaines de milliers de ces copies complètes. Pour imposer une version fausse des événements, il ne suffit pas d'exploiter un grand nombre de ces ordinateurs. Vous devriez contrôler plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau à la fois, de sorte que votre version l'emporte sur celle de tous les autres. Sur un réseau aussi grand, c'est complètement irréaliste.

Donc si la fraude ne devient pas impossible, elle devient tellement difficile, tellement coûteuse et visible qu'il ne vaut généralement pas la peine d'essayer.

Ce que la traçabilité de la chaîne d'approvisionnement nous apporte réellement

Quand la provenance est aussi difficile à contrefaire, certaines conséquences utiles en découlent.

Tout d’abord, la transparence. Toute personne autorisée peut vérifier le parcours plutôt que de simplement croire une entreprise sur parole. Cela compte surtout pour les allégations éthiques (ex. pêche durable, sans conflit ni travail forcé, qui ont longtemps été faciles à affirmer mais difficiles à vérifier.

Cela évince également la corruption. Une grande partie de la malhonnêteté se cache dans les interstices entre organisations, là où les documents d'une partie n'ont pas à correspondre à ceux d'une autre. Un registre partagé comble ces lacunes. C'était l'un des objectifs centraux du projet de traçabilité du thon : cette même industrie a connu des cas signalés de pêche illégale, de trafic et de travail forcé. Un parcours résistant à la falsification rend donc ces pratiques bien plus difficiles à dissimuler. Si les registres doivent concorder à chaque étape, il reste beaucoup moins de marge pour substituer un produit moins cher, falsifier un certificat, ou faire discrètement disparaître une cargaison.

Une réserve importante

La blockchain est puissante, mais pas infaillible. Il convient d’évoquer ses limites.

Une blockchain peut prouver qu'un enregistrement n'a pas été modifié depuis qu'il a été entré. Il ne peut pas prouver que l'enregistrement était vrai lorsque quelqu'un l'a créé. Si un fournisseur malhonnête identifie incorrectement du poisson comme pêché de manière éthique dès le départ, la blockchain protégera fidèlement ce mensonge à jamais. Le principe reste le même : à données erronées, résultats erronés.

C'est pourquoi la traçabilité fonctionne mieux aux côtés de contrôles fiables au point d'entrée : inspecteurs, capteurs, étiquettes inviolables. La blockchain sécurise le voyage. Mais il repose encore sur l'honnêteté dès le départ.

Le long et le court

Même avec ce bémol, une traçabilité de la chaîne d'approvisionnement comme celle-ci représente un vrai changement : une grande partie du « fiez-vous à moi » peut désormais devenir « allez vérifier ». Votre boîte de thon devra peut-être tenir des promesses plus vérifiables.

Des réseaux de ce type s'appuient sur une infrastructure qui reste sécurisée, rapide et toujours connectée, ce qui correspond exactement au type de fondement fiable qu’OVHcloud est conçu pour fournir.

Et si vous avez raté la manière dont les blockchains parviennent à un accord en premier lieu, notre explication du fonctionnement de la blockchain est une bonne prochaine étape.


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