Prenez une boîte de thon et lisez son étiquette. Respect des dauphins. Pêché à la ligne. Issu de sources responsables. De belles promesses, auxquelles on a envie de croire. Mais comment savoir si tout cela est vrai ? Vous faites confiance à la marque. Celle-ci fait confiance à un distributeur, qui fait confiance à un pêcheur, sur un bateau où vous ne monterez jamais. Cela fait une longue chaîne de « faites-moi confiance ».
La traçabilité de la chaîne d'approvisionnement par la blockchain est une tentative de troquer une partie de cette confiance contre des preuves. Pour voir comment, il faut d'abord décortiquer un mot qui fait plus peur qu'il ne devrait : trustless ou « sans tiers de confiance ».
Ce que « trustless » signifie vraiment
« Trustless » est un nom mal choisi pour une idée pourtant excellente. Cela ne signifie pas qu’on ne peut faire confiance à personne, mais que vous n’avez pas besoin de vous fier à un seul individu ou à une seule entreprise pour que le système fonctionne. Ce dernier est en effet conçu de telle sorte que tricher devient à la fois très difficile et très visible.
Pensez à des vacances de groupe avec une cagnotte commune. Si une seule personne détient l'argent liquide, tout le monde s'en remet à elle. Imaginez maintenant le contraire : chaque membre tient un carnet identique recensant chaque paiement et aucune entrée ne compte tant que la plupart des carnets ne sont pas d'accord. Personne n'est aux commandes et pourtant les comptes sont toujours équilibrés. Falsifier votre propre carnet ne vous mène nulle part, car les copies des autres ne sont pas d'accord avec vous.
Voilà ce qu’est une blockchain : un enregistrement partagé, copié par de nombreux participants. C’est le groupe, et non un chef, qui s'accorde sur ce qui est vrai. Nous avons expliqué le fonctionnement de cet accord, ou consensus, dans un article précédent.
De l'océan à votre panier
En quoi cela nous aide-t-il pour notre boîte de thon ?
À chaque fois que le poisson change de mains, une nouvelle entrée est ajoutée à son histoire, la plupart du temps automatiquement. Le poisson est marqué dès sa sortie de l'eau et la prise est enregistrée dans une application : ce qu'il est, où et quand il a été capturé et par qui. Ensuite, des scanners lisent l'étiquette à bord du bateau, sur le quai, puis dans l'usine de traitement. Ils ajoutent chaque étape au registre, sans que personne n’ait à ressaisir quoi que ce soit.
Lorsque le poisson est mis en conserve, chaque nouveau produit obtient sa propre entrée, qui renvoie à l'enregistrement de la pêche d'origine. Au moment où il atteint le rayon, tout est inscrit derrière un QR code sur la boîte. Scannez-le avec votre téléphone et vous pouvez suivre le poisson jusqu'au bateau. Attention tout de même : cela prouve que l'enregistrement n'a pas été altéré depuis qu'il a été écrit, pas que la toute première entrée était vraie. L'étiquette et le contrôle de localisation automatique sont là pour rendre ce premier enregistrement plus difficile à contrefaire.
Et ce scénario n'a rien d'hypothétique. Un projet pilote mené par le WWF a entrepris de suivre le thon « de l’appât à l’assiette » à travers le Pacifique, marquant chaque poisson et enregistrant son périple étape par étape. Le résultat est une piste de provenance que vous pouvez remonter : du rayon du magasin au distributeur, jusqu’à la personne qui a sorti le poisson de la mer. Et le principe est le même, que vous traciez du thon, des tomates, des médicaments ou des pièces automobiles. Scannez un code et l'histoire de l'objet que vous tenez en main est là, sous vos yeux.
Pourquoi tricher est si difficile
C'est ici que le système révèle sa force. Chaque enregistrement est lié à celui qui le précède, impossible de modifier discrètement une seule entrée. Changer un maillon oblige à changer tous ceux qui viennent après. Cela revient à réécrire un livre d’histoire entier pour corriger une phrase.
En plus de cela, l’enregistrement n’existe pas à un seul endroit. Il est dupliqué dans tout le réseau et les copies se vérifient constamment les unes les autres. Les nœuds — ces ordinateurs qui font tourner l’ensemble — ne détiennent pas tous l’intégralité des transactions, mais c’est le cas de beaucoup d’entre eux. Sur une grande blockchain publique, on peut compter des dizaines de milliers de ces exemplaires complets. C'est comme une foule d'amis munis de carnets, qui consignent tous la cagnotte des vacances.
Pour imposer une version fausse des événements, il ne suffit pas d'exploiter un grand nombre de ces ordinateurs. Il vous faudrait contrôler plus de la moitié de la puissance de calcul du réseau à la fois, de sorte que votre version l'emporte sur celle de tous les autres. Sur un réseau aussi grand, c'est complètement irréaliste.
Donc, sans devenir impossible, la fraude est désormais tellement difficile, coûteuse et visible qu'elle ne vaut généralement plus la peine d'être envisagée.
Ce que la traçabilité nous apporte réellement
Quand la provenance est aussi difficile à contrefaire, il en découle des bénéfices concrets.
Tout d’abord, la transparence. Toute personne autorisée peut vérifier le parcours plutôt que de simplement croire une entreprise sur parole. Cela compte surtout pour les allégations éthiques (« pêche durable », « sans conflit », « sans travail forcé », etc.) qui ont longtemps été faciles à affirmer mais difficiles à vérifier.
Cela laisse aussi moins de place à la corruption. Bien des pratiques douteuses prospèrent dans les failles entre organisations, là où les documents de l'une ne sont jamais confrontés à ceux de l'autre. Un registre partagé referme ces failles. C'était l'un des objectifs centraux du projet de traçabilité du thon : cette même industrie a connu des cas signalés de pêche illégale, de traite d'êtres humains et de travail forcé.
Un parcours résistant à la falsification rend donc ces pratiques bien plus difficiles à dissimuler. Si les registres doivent concorder à chaque étape, il reste beaucoup moins de marge pour substituer un produit moins cher, trafiquer un certificat ou faire discrètement disparaître une cargaison.
Une réserve importante
La blockchain est puissante, mais elle n’a rien de magique. Alors autant être clair sur ses limites.
Elle peut prouver qu'un enregistrement n'a pas été modifié depuis sa saisie. En revanche, elle ne peut pas démontrer qu'il était vrai au moment où quelqu'un l'a tapé. Si, dès le départ, un fournisseur malhonnête fait passer un poisson pour pêché de manière éthique, la blockchain protégera fidèlement ce mensonge à jamais. Le principe reste le même : à données erronées, résultats erronés.
C'est pourquoi la traçabilité fonctionne mieux associée à des contrôles fiables au point d'entrée : inspecteurs, capteurs, scellés témoins… La blockchain sécurise le parcours. Mais elle repose toujours sur l'honnêteté à l'entrée.
Ce qu'il faut retenir
Même avec ce bémol, une traçabilité de la chaîne d'approvisionnement comme celle-ci représente un vrai changement : une grande partie du « faites-moi confiance » peut désormais devenir « allez vérifier ». Votre boîte de thon devra peut-être afficher des promesses plus vérifiables.
De tels réseaux reposent sur une infrastructure sécurisée, rapide et disponible en permanence. C’est exactement le socle que fournit OVHcloud.
Et pour découvrir comment les blockchains se mettent d'accord, direction notre explication du fonctionnement de la blockchain.